Le Tangerois E-Magazine du Nord du Maroc - Actualité: Tanger – Tétouan - Chefchaouen - Maroc

02/06/2012
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Mohamed Mrabet
Écrit par Bruno MARSA   

mohammed-mrabet.jpg


Mohamed Mrabet, dont la famille au nom fort répandu à Tanger , originaire du Rif et descendue à Tanger - parcours typique, est un des derniers rescapés de la grande époque artistique qu’à connue la ville dans les années 60 et 70.

Révélé par l’américain Paul Bowles, qui fut d’abord compositeur puis écrivain, sorte d’aristocrate culturel et véritable pape de la contre-culture américaine qui déferla sur Tanger à cette époque, Mrabet commence par enregistrer des histoires populaires aux accents fantastiques qui captivent toute cette intelligentsia ; des contes que Bowles transcrira et fera éditer, d’abord aux Etats-Unis, puis traduire : L’Amour pour quelques cheveux (1967), Le Citron et M’haschich (1969).


stories-tanger.jpgParallèlement, il dessine puis peint, sans relâche, car, le kif – qu’il a toujours fumé abondamment – aidant, son imagination déborde. D’abord au stylo ou au crayon, puis au pinceau, c’est tout un univers fantasmagorique que ses œuvres nous révèlent : dans des entrelacs complexes, on reconnaît des figures tribales ou des sortes de monstres aquatiques dans le genre scolopendres ou serpents à plumes qui font écho autant à ses origines de la tribu montagnarde des Beni Ouriaghel qu’à sa proximité actuelle avec la mer, devenue l’élément clé de son œuvre. Une belle expo qui s’est tenue le mois dernier à la galerie Ibn Khaldoun, rue de la Liberté à Tanger, nous en a rendu compte ; ce fut aussi l’occasion, lors du vernissage, de nous présenter son nouveau livre intitulé « Stories de Tanger »: recueil d’histoires vraies ou imaginaires agrémenté d’une quarantaine de dessins et écrit cette fois avec la complicité littéraire de Simon-Pierre Hamelin qui, par ailleurs, dirige la fameuse librairie des Colonnes, boulevard Pasteur. 

Auparavant, Mrabet avait déjà exposé dans de nombreux pays : Espagne, France, Belgique ainsi qu’à New York et San Francisco dès 1970.

chevd.jpgNé à Tanger en 1936, il fréquente à peine une école coranique avant d’exercer des petits boulots, de pêcheur à garçon ou porteur…Il se lie alors à des Américains qu’il finira même par suivre dans leur pays ; il connaît ensuite un retour difficile au Maroc. Il commence à dessiner dès 1959, puis c’est la rencontre déterminante avec Jane et Paul Bowles que Mrabet, reconnaissant, assistera jusqu’à la fin de sa vie en 1999 ( Mrabet raconte son autobiographie dans « Look and move on », éditions Devillez-2000).

Quasi analphabète au départ, à l’instar de son alter ego en écriture, Mohamed Choukri, l’art est devenu pour lui le moyen d’expression naturel ; c’est dire à quel point l’engouement intellectuel dont il est à nouveau l’objet, le touche peu, lui qui n’aspire qu’à la tranquillité :  continuer à peindre et dessiner, ou bien, entre un bon « sebsi » (pipe à kif) et une partie de pêche, nous raconter sa vie à la fois simple et extraordinaire depuis sa maison de Souani, un quartier banal et populaire de Tanger qui reste, pour lui, la plus belle ville du monde…