« Tanger
est de ces villes qui font rêver, qui inspirent
et qui effrayent à la fois.
Carrefour du monde, elle est aussi le réceptacle de toutes les
créations, de tous les fantasmes, mais aussi de toutes les frustrations.
Entouré d’un mythe et d’un mystère qu’elle s’est forgés, ou qu’on lui a
attribués à son insu, qui durent depuis des millénaires, et dont on n’arrive
toujours pas à en percer le secret, Tanger reste dans l’imaginaire collectif
comme une ville artistique, inspiratrice mais aussi dangereuse. Elle peut être
à la fois muse et ogre. Seuls ceux qui savent l’apprivoiser, qui savent la
courtiser, qui savent la respecter et écouter ses nuits et ses phobies, ses
lumières et ses beautés, réussissent à l’aimer, à en devenir les enfants
adoptifs. Du reste, elle n’a que faire.
Tanger
hante les écrivains, les poètes, les artistes-peintres, les intellectuels et
les quidams parmi les mortels depuis la nuit des temps. On lui a consacré une
infinité de livres, de non moins nombreuses recherches, et ce bien avant la
période coloniale. Les écrits sur Tanger datent du 10ème et du 11ème
siècle.
Tanger
dans l’imaginaire de l’Autre ne se manifeste pas seulement dans les écrits des
voyageurs français, anglais, espagnols ou autres, mais aussi dans les rapports
des diplomates, des commerçants, des envoyés spéciaux des autres nations…
Presque
tous les textes sur le Maroc débutent leurs récits par la description du point
de départ, à savoir Tanger. Les voyages
se faisant souvent par mer, la majorité des visiteurs du Maroc passait
obligatoirement par Tanger
Toutes
les nations du monde voulaient avoir pignon sur rue à Tanger. Elles se la
disputaient âprement et étaient prêtes à se livrer des guerres pour l’occuper.
Mais Tanger, délaissée par les siens, fut partagée comme une tarte, et
plusieurs pays eurent leur part du gâteau, offrant à Tanger un statut unique,
celui de ville internationale que les autres villes lui ont toujours
envié.
De nos
jours, les choses ont tellement changé, plus dans le sens du pire que dans
celui du bon ; mais Tanger a su garder, malgré tout, ses charmes, son
mystère, ses attraits que personne n’arrive à expliquer, et tant mieux. »